Chers Petits Spectateurs

Lever de rideaux sur quelques mots, quelques bribes de souvenirs, soupirs...

jeudi 25 mai 2006


-Tu n'as jamais été toi-même!

L'identité...
Elle était de cette génération-là... Le credo de l'Identité, le sacro-saint devoir de lucidité. Surtout, ne pas être dupe! Pas dupe, surtout! Le pêché capital, ça: être dupe!

Daniel Pennac, La petite marchande de prose.



On est là, tous, à se pavanner de notre athéisme.
A cracher sur la religion. Sur l'illusion.
Une gigantesque masacarade tout ça, mais nous, ah ah, nous ne sommes pas dupes.
Quels imbéciles.
Quels imbéciles, ils sont persuadés qu'il y a quelque chose "après".
Quels imbéciles, on ne peut savoir.
Moi, je doute, donc je ne peux pas me tromper.
La pire des erreurs, ça, se tromper.
Des imbéciles. Une comédie, rien d'autre. Une comèdie que l'on prend au premier degré, sans distanciation brechtienne.
Nous, nous allons au théâtre, mais nous n'y croyons pas.

Aujourd'hui, il est interdit de croire.
On laisse ça aux midinettes de quatorze automnes.
Ceux qui croient se font avoir.
Distance et lucidité. Toujours.


Mais j'ai confiance en ceux qui ont la foi.
En ceux qui croient.
Parce que l'illusion, ya que ça de vrai.
Parce qu'ils ont le courage d'être dupes.
Eux ont compris.
Et pour ça, rien que pour ça, je les trouve admirables.
Et surtout, surtout, j'aimerais pouvoir leur ressembler, rien qu'un petit peu...


Explique moi où est-ce qu'il est dit que tout doit se jouer dans le drame?
Que lorsque passent les années, tout s'étiole, rien n'a plus de charme?
Moi j'ai fait le rêve éveillé qu'il existe de beaux lendemains...


Debout sur le zinc, Comme s'il en pleuvait
.



[Un mercredi soir de plus. Qui dégénère juste un peu plus. On voulait prendre le premier train pour la mer. Et y'avait la bière. Et l'avenue de Clichy. Eux qui marchaient derrière. Moi discutant avec lui, loin devant. Les cris. On se retourne. Des coups. Violence. Une voiture de sécurité RATP qui freine devant nous. Un prostitué et son maque, ou son client. Et un de notre groupe, trop de bière dans le sang. Les agents RATP nous lâchent immédiatement. Et interrogent les deux autres. On s'en va. Les autres se gaussent d'avoir "la bonne tête", celle du "gentil". Et Sarah qui me souffle que sans nous deux dans le groupe, ils n'auraient pas forcément eu l'air de "gentils". Je suis dégoûtée. Je n'ai rien vu, mais je suis persuadé que c'est "nous" qui les avons provoqués. "Il" n'attendait que ça. Et tout ça, ça ne choque même pas la petite fille surprotégée que suis. Ca passe au travers. Sans rien briser. Comme la lumière dans le vase. Je trouve ça juste pitoyable. Ridicule. Je rentre finalement avec Sarah. Et leur dit que ça ne m'amuse pas. Tant pis pour le train.]

Posté par Bigorzazou à 14:42 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


dimanche 21 mai 2006

Oh mon dieu encore cette terrible envie de raconter ma vie.
Heureusement que j'ai un blog, tiens.

Mes chers petits spectateurs.

Hier c'était Monsieur le Papa Malaussène, qui m'a fait un dessin sur mon vieux bouquin, dans la petite librairie en bas de chez moi.

Hier c'était Hamlet, dans le théâtre tout neuf de l'Odéon.
Même que je me suis perdue, que j'ai marché sans m'en rendre compte jusqu'à la Seine.

Hier c'était Mademoiselle Bubamara.
Les bonbons dans le poulailler.
Les rires et autres bêtises.

Hier, c'était un songe.
Des acteurs vaporeux et voilés.
Un nuage de surréalisme.

Hier c'était le Louvre la nuit.
Parce que le spectacle finissait tôt.
Et qu'on avait du temps devant nous.
Et qu'on voulait voir Le Caravage.
Et qu'on pouvait étaler notre science en matière d'Annonciation.
Et que bon, c'était le Louvre la nuit, quoi.


Aujourd'hui j'étais à ce concert.
Après avoir fait un peu de théâtre.
Je les ai vus. Enfin.
Les tout droit sur le comptoir.
J'ai fait la groupie.
Ai hurlé "I love you".

Mais surtout, il y avait encore elle, Mademoiselle Bubamara.
Et Monsieur le Luthier.
Parce qu'on est trois gaffeurs intermittents.
Et qu'on était les seuls paumés à courir sous les trombes d'eau, à rebrousse poil des autres gens, pressés d'ouvrir leur parapluie.
Entrejambes de flaques.

Sans oublier les cerises, dans mon petit appartement...

Posté par Bigorzazou à 21:03 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 18 mai 2006

Rester debout encore un peu et demain, debout comme rêve de vivre.

Je passe mon temps à me contenir.
Et ce matin ça débordait de partout.
La crise de nerfs, qui coule dans les yeux.

Les partiels. La Cuisinière. Le théâtre. Mon anniversaire.
Ca faisait un peu trop.

Mais je continue à essuyer les larmes.
Je me mets en colère sans me mettre vraiment en colère.
Je balance mes cours d'anglais contre un mur, et les ramasse en m'excusant quelques secondes après.

Pourquoi ne supporté-je pas de ne pas être aussi jouasse que je le voudrais?

En ce moment, je ne réalise pas.

Les partiels se succèdent, un jour après l'autre, je ne m'en rends même pas compte.
J'enchaîne tout, et je ne veux pas perdre une seule seconde.
Je reste debout.

Week-end passé entre les révisions, les dissertations, les projet de scènographie...
Oedipe-Roi, esthétique, drame romantique, statistiques.

Hier, je présentai ma maquette; on se dépêche, les autres ne m'ont laissé que dix minutes. Un CD oublié sur le bureau, acheté exprès pour le cours. On se hâte de le mettre dans un casier le lendemain...
Dans les wagons, on gêne tout le monde avec ses bout de cartons. On se coince dans les tourniquets. Une fois at home (sweet home), on passe un coup de fil à Nan de Feu, et on repart aussitôt, pour le cours de théâtre...

Et à côté de ça, ya La Cuisinière, qui est venu mardi, parce que l'Allemagne, c'est moins loin que les Etats-Unis.
Je lui ai fait découvrir les glaces Berthillon. Et "notre endroit", sur l'île Saint Louis. Celui de la dégustation. Là où la boule gelée de Mademoiselle Bubamara était tombée, avec un rebond.

Oui, La Cuisinière était là, pour partager mon quotidien, et mes partiels, pour rencontrer mes deux amies pas tout-à-fait parigotes.

Elen, aussi.
Y 'avait l'odeur de chocolat dans l'appartement.

- Tu ne serais pas en train de préparer des muffins par hasard?

-Tu n'étais pas censée le savoir....

A minuit, La Cuisinière qui s'éclipse dans la salle de bain.
Qui ressort cookie en main, mit bougie allumée.

Le matin arrive vite, peut-être parce que c'est l'été, et que les jours raccourcissent.

Un autre partiel englouti, et on se remue la couenne jusqu'au Marais.
Dans le métro, ya ce jeune homme qui m'offre un grand sourire. Béret, écharpe à carreaux, petite veste noire, pantalon court et doc.
Il m'emboîte le pas quand je descends. Prend la même correspondance que moi. Dans mon dos. Puis on est séparé par les wagons.
J'ai le coeur qui bat. C'est agréable.

Devant la station Saint-Paul, Mademoiselle Bubamara et Coeur d'or entonnent une magnifique version du célèbre "bon anniversaire".
On va Chez Marianne, on croise La Cuisinière qui nous cherchait.
Assises toutes les quatre à côté d'un couple silencieux et hautain, on débite des bêtises d'adolescentes, et moi je déballe des tas de cadeaux... Je ne sais plus où me mettre, tout ça, c'est trop pour moi.

Si aujourd'hui tout est facile

Si je cours je cours sur le fil
Si j'oublie j'oublie tout autour de moi
Si aujourd'hui la vie est belle
Si je me sens pousser des ailes

Pourvu que je ne tombe pas...

Rester debout- Debout sur le zinc

Puis au delà de tout ça, des partiels, de la liste des choses à faire avec La Cuisinière, des papiers cadeaux, ya eu ce moment, cet instant, à Beaubourg... Je me suis assise sur la place avec elles. Il commençait à pleuvoir, mais on s'en fichait.
En tee-shirt, on laissait les grosses gouttes orageuses s'écraser sur nos peaux. Et puis je me suis allongée.  Mademoiselle Bubamara m'a aussitôt imitée.  On regardait le ciel mauve. Les éclairs qui illuminent tout. L'odeur de la terre mouillée. Les bras écartés pour mieux accueillir cette fraîcheur inattendue...

Posté par Bigorzazou à 12:46 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 11 mai 2006

Leur monde.

Hier soir ou ce matin, je ne sais plus vraiment.

C'était un rêve, quelque chose d'irréel, d'intouchable.
Quelque chose qui s'échappe dès qu'on essaie de l'attrapper.

Dernier métro loupé; coincée sur l'avenue de Clichy.
Rentrer à Montparnasse, à pied, assistée des deux insomniaques de la bande.

Et puis Paris la nuit...

Paris dans sa phase fantôme.
Pas un chat dans les rues.
Presque pas de voiture, juste des taxis.

On chante un peu de Brel. On marche en plein milieu de la route.
Et on se dit que demain tout ça n'aura jamais existé.

Paris qui flotte. Comme si le temps s'était arrêté.
Juste pour nous.

Des vaches même pas sacrées disséminées sur notre chemin.
[Etaient-elles vraiment là?]

Puis un arrêt devant le mur enseveli de Gainsbourg.
Un peu de Tippex pour recouvrir les "on se retrouvera en enfer, sacré canaille" de messages subliminaux, sans véritable sens, et détachés de tout lien, tout rapport.

Des mots qui flottent, comme Paris la nuit...

Posté par Bigorzazou à 12:24 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 5 mai 2006

Et je cours , je cours dans tous les sens, si bien que je n'ai même pas le temps de passer ici...

Je cours les croquis scènographiques, je cours les Doña Sol, je cours les spectacles, je cours les livres.

Je cours un peu d'écriture pour moi, je cours les lobes limbiques, je cours un coca par-là.

Je cours les e-mails à minuit, je cours le jour et la nuit, je cours un sandwich, et vite, vite, repartir.

Je cours de la fac à chez moi, de chez moi à Bois Colombes, de Bois Colombes à ma fac, de ma fac au centre, du centre au théâtre, du théâtre à chez moi, de chez moi à Cachan, de Cachan à Bordeaux.

Et puis, vous savez quoi? Je suis heureuse.
Le genre de bonheur qui dégouline de sentiments au lait concentré Nestlé.
Un bonheur presque indécent.

Je cours, je cours sans m'arrêter, mais sans quitter mon petit nuage...

Posté par Bigorzazou à 18:42 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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